(…) Google Marque-Pages pourrait être un énième service proposé par le géant du net, c’est pourtant le titre de l’installation de Caroline Delieutraz. Accroché au mur de la galerie, un écran diffuse un tutoriel. À sa droite, une étagère présente quelques ouvrages manifestement empruntés à une bibliothèque publique. Tous possèdent un marque-page. L’artiste mène depuis plusieurs années des recherches sur le rapport du net au réel et à sa contamination. Elle donne, avec beaucoup de dérision, une importance toute particulière au détournement et à la déconstruction d’une iconographie contemporaine du virtuel. Ses travaux trouvent souvent leurs sources sur la toile et pénètrent le réel à la manière d’un révélateur.

Pour « Uploloload », Caroline Delieutraz se réapproprie l’outil Google et en invente un nouvel usage. La publicité contextuelle habituellement générée à partir du contenu de vos mails ou de vos recherches est détournée, associée à des titres d’ouvrages littéraires. Quelle publicité sera proposée par Google pour Rêve d’Enfer de Flaubert ? C’est ce que le tutoriel s’emploie à nous montrer, le contenu publicitaire est prélevé, travaillé, ordonné, photoshopé, imprimé puis plastifié jusqu’à produire des marques-pages bien spécifiques à leurs ouvrages de destination. Ces bouquins sont ensuite distribués dans les bibliothèques, munis de leurs « marques-pages publicitaires », tel un pop-up rematérialisé. (…)

Florent Jumel